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.:*¤* OLDI LAND *¤*:.

Le site qui disparaît subitement à l'approche d'un supérieur hiérarchique

A venir... | 27 février 2009

...j'ai presque fini l'article, ça viendra ^^

 

Cette annonce vous a été présentée par METEO ELUNA, la météo d'Eluna sans erreurs de prévision.

Publié par oldi à 21:35:41 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (2) |

Interlude astronomique | 31 janvier 2009

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:

Enfin! Oldi et Culbuto ont réuni tous les ingrédients, il ne leur reste plus qu'à préparer la potion... mais, qu'en est-il de la malédiction?


 

     La nuit était noire, extrêmement noire, enténébrée par de massifs cumulonimbus, aussi sombres et lugubres qu'un programme électoral de parti néonazi. Puis, les nuages se dissipèrent, laissant apparaître le somptueux spectacle de la voûte céleste aux millions d'étoiles scintillantes. Une amélioration météorologique qui tombait à point pour le personnel de l'observatoire Tagueul, à Larécray. Du moins, pour le personnel qui s'y trouvait. En effet, si, d'habitude, le bâtiment grouillait de savants extatiques qui, tels les vampires transylvaniens, avaient pris l'habitude de quitter leur couche uniquement entre le crépuscule et les premiers rayons du soleil de potron-minet, ce jour-là, enfin, cette nuit-là, la bâtisse était étonnamment vide. Il ne s'y trouvait en fait qu'un nombre de personnes apte à être comptées par un militaire, à savoir deux(1).

     La première de ces personnes était Ciro Cilescallier, homme de ménage, ou agent d'entretien pour les administratifs visqueux aux yeux bouffis de lâcheté scélérate et à l'organe cardiaque de composition minérale. D'origine franco-espagnole, Ciro Cilescallier était le type de personnes qui, lorsqu'on leur confie un travail, ne l'apprécient pas forcément, mais le font bien. Ainsi, voilà près de dix ans qu'il dépoussiérait avec une finesse exemplaire les couloirs bétonnés de l'observatoire, même si cela ne lui apportait que peu d'estime de la part de ses connaissances, et un salaire anémique. Oh! son salaire avait bien été augmenté quelques mois auparavant: une circulaire ministérielle idiote (pléonasme) avait stipulé la disparition des agents d'entretien dans l'observatoire; Ciro avait donc été remercié sans un merci. Quelques jours plus tard, un astronome béat avait annoncé la découverte d'une nouvelle galaxie, avant que l'on se rende compte que la dite galaxie était en fait un gros mouton de poussière sur la lentille principale du télescope. Ainsi, Ciro avait été réembauché, avec une amélioration notable de son statut... mais, n'empêche, cela restait modeste. Peu importe, cette vie lui suffisait.

     Cessons là cette description du pauvre balayeur, les lecteurs de droite suivant cette article commencent à fulminer. L'autre personne présente dans l'observatoire à ce moment n'était autre que son directeur, Jean Transène, un homme bon et intègre, quasiment sans défaut, si ce n'est une tendance à devenir bruyant durant les rencontres footbalistiques majeures. Jean Transène, pour sa part et malgré les conditions météorologiques idéales, n'avait pas la tête au travail astronomique. Il rangeait son bureau, sans trop savoir pourquoi: après tout, il serait bientôt mort... rangeant un dossier à la couverture rouge dans son vieux porte-documents, il prit soin, avant de sortir de son bureau, de vérifier dans son imperméable la présence de sa patte de lapin porte-bonheur, comme il le faisait machinalement depuis plus de 25 ans. Eteignant les tristes néons, il referma soigneusement l'huis de son poste de travail avant de repartir en direction du parking où était garée la voiture neuve qu'il s'était payée une semaine auparavant, pour en profiter avant... avant la fin. Traversant la salle centrale, plongée dans un silence spectral, il croisa Ciro Cilescallier, qui chassait les moutons.

     - Bonjour, monsieur le directeur, dit machinalement le balayeur. Aussitôt, il regretta ses paroles: l'instant présent n'était pas diurne mais nocturne et, de surcroît, il était loin d'être bon.
     - Merci, répondit le directeur après un silence. Mais, vous savez, vous devriez rentrer chez vous. A quoi ça sert de balayer, à l'instant présent...
     - Si j'ai bien compris, la météorite Niditek... euh... 4-8-15-16-23-42...
     - DI-NI-KET 07111988, rectifia Jean Transène. Hé oui, elle se rapproche toujours. Où elle va s'écraser, je l'ignore: cette fichue météorite change sans cesse de trajectoire, à croire qu'elle ne sait pas où faire le plus de dégâts. Quand elle s'est dirigée en direction de la Bretagne sans raison aucune, on a tous jeté l'éponge, on ne cherche même plus à savoir où elle veut aller. Une seule chose est sûre, elle va s'écraser. Où? Aucune idée. Quand? Difficile d'être précis, mais je dirais, dans une semaine tout au plus.
     - C'est bien ce que je pensais, murmura religieusement Ciro. Le fait que moi, simple balayeur, on m'ait mis au courant, c'est bien une preuve qu'il n'y a plus d'espoir... et, il n'y a rien à faire?
     - Par exemple? Lui balancer un ou deux missiles nucléaires? On ne voit cela que dans les films... d'ailleurs, il n'y a que dans les films qu'une telle entreprise pourrait fonctionner. Non, rien à faire. Le président veut que la vérité soit cachée pour éviter une panique, pendant que lui arrange son sauvetage inutile... complètement inutile. Je pense que c'est la fin de la race humaine, tout simplement. A bien y réfléchir, ajouta pensivement le directeur de l'observatoire, philosophe, ce n'est pas un mal.
     - C'est... tout de même un peu... dérangeant, non?
     - Oh! Une fois la phase d'acceptation entamée, on s'en fiche un peu. Mais il faut du temps, pour accepter... tenez, personnellement, durant ma phase de panique, je me suis fait construire inutilement un bunker antiatomique au fond du jardin! Cela est complètement inutile et m'a quasiment ruiné.
     - En effet, approuva le balayeur, cela a dû vous coûter cher.
     - Bah, il faut savoir faire contre mauvaise fortune bunker.

 


(1) Les militaires, après un long entraînement, savent compter jusqu'à deux car il s'agit du nombre de jambes. Ainsi, si l'Homme avait trois jambes, les militaires devraient compter jusqu'à trois. Et il y en aurait donc beaucoup moins.




NOTE DE L'AUTEUR: oui, je sais, cet article est assez court... j'en avais un plus long déjà entamé, mais j'ai pensé qu'il fallait se rafraîchir un peu la mémoire concernant la météorite. Et puis, une petite pause était nécessaire avant le dernier round de l'histoire du Livre Hédépargne! A très bientôt donc ^^

Certes, cet article court peut sembler frustrant, mais bon, vous savez, il n'y a pas qu'Oldi Land... il y a plein d'autres sites internet, tenez, euuuh... par exemple (complètement au hasard), il y a http://elunachroniques.ifrance.com... tenez, pourquoi ne pas y faire un tour maintenant, histoire de voir s'il y a des nouveautés? Juste une idée, comme ça... ^^

Publié par oldi à 19:49:11 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (12) |

Train d'enfer | 31 décembre 2008

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:

Oldi et Kaito sont à la recherche d'un rubis, seul ingrédient rare manquant nécessaire à la potion chargée de délivrer Oldi de sa malédiction. Or, il se trouve que London Mercury, riche héritière de passage dans la région, dispose d'un vernis à ongles à base de rubis! Les compagnons se déguisent donc en serviteurs de la star et vont travailler dans son train privé...


 

     L'astre solaire à la luminosité atténuée par les brumes violacées matinales éclairait la petite gare de Salulémec, où une locomotive esquivant tant bien que mal les jets de tomates s'apprêtait à emmener à destination son pathétique chargement, à savoir la riche héritière London Mercury. Crachant un nuage pestilentiel de fumées noires blasphématoires(1), la locomotive se mit en marche, le convoi s'ébranla et partit vers le lointain.

     Sur le quai de la gare, deux hommes en caleçon et récemment sortis des bras de morphée tentaient vainement de rejoindre le convoi, en beuglant.

     - Ca gratte, ce truc! soupira Kaito, tentant d'ajuster tant bien que mal le costume rose à sa carrure. Un bouton explosa. Il jura.
     - On fera avec, répondit Oldi que le bouton expulsé avait manqué d'éborgner. En attendant, tiens-toi droit et sois poli, nous sommes maintenant officiellement gardes du corps de son altesse magnifissime London Mercury - ne me regarde pas avec ces yeux-là, c'est elle qui veut qu'on l'appelle comme ça! Heureusement, j'ai... hum... un oncle d'un cousin de la soeur de ma tante au troisième degré qui est fan des magazines people, et qui ne cesse d'en parler. Par conséquent, je connais quelques détails intéressants sur cette London Mercury. Ce qui est un avantage non négligeable, c'est qu'on passera inaperçus: sa seigneurie London n'est pas, mais alors pas du tout physionomiste, elle ne s'étonnera pas de nous voir dans son entourage. De surcroît, elle ne fait aucun effort pour retenir les visages de son personnel, puisque ceux qui travaillent pour elle ne restent... euh... pas en état de travailler bien longtemps.
     - ...c'est-à-dire?
     - ...pour tout dire, le dernier chef des domestiques qu'elle a eu est celui qui a tenu le plus longtemps: un peu plus d'un an. Actuellement, il est dans l'asile de Serveau-en-Bouilly. On raconte qu'il passe son temps à vouloir sortir de sa cellule capitonnée, en hurlant: "La robe rose à paillettes, la robe rose à paillettes, je dois lui apporter la robe rose à paillettes!!!". Rassure-toi, nous, on sera à son service juste le temps de lui chouraver son vernis... ça ne devrait pas nous laisser trop de séquelles.

     Une voix tonitruante aux accents wagnériens retentit au fond du couloir. "DOMESTIQUES! J'AI SOIF! GROUILLEZ-VOUS, NOM DE NOM!(2)"

     - Elle a l'air plus polie dans les magazines, se lamenta Kaito.
     - Toujours, acquiesça Oldi. Allez, on y va, je crois qu'elle nous attend...

     Oldi et Kaito sortirent du petit placard où ils s'étaient dissimulés le temps d'ajuster leurs costumes, et se rendirent dans le couloir principal du wagon blindé. Trois autres domestiques, en costume rose hideux également, accouraient frénétiquement en direction du lieu d'origine du beuglement de tantôt.

     Les soupçons des compères étaient justifiés: aussi improbable que cela puisse paraître, le wagon était encore plus atroce à l'intérieur qu'à l'extérieur. L'absence totale de fenêtres, en premier lieu, privait le lieu de toute lumière naturelle, et seuls quelques néons à la blancheur trop immaculée pour être agréable éclairaient les tristes couloirs de la maison roulante. Mais ce n'était pas grand-chose; après tout, bien des endroits sont éclairés de la même manière... non, tout comme l'extérieur, c'était la décoration qui faisait mal aux yeux. Imaginez des moquettes aux couleurs criardes du sol au plafond, excentricités sorties du cerveau de quelque minable décorateur d'intérieur ayant perdu ses rares notions d'esthétisme en conséquence d'un soir de cuite. Un matelas bordeaux à pois vert kaki en guise de terrain, d'une si abjecte laideur qu'il était impossible de marcher doucement sur ce sol, telle l'envie de le piétiner rageusement était irrésistible. Plaquées au sol, comme désireuses de se dissimuler de honte, des plinthes en bois décorées en rayures aux couleurs de l'arc-en-ciel; des plinthes vierges de toute imperfection, tout simplement parce qu'aucun termite et aucun rongeur ne se serait jamais risqué à l'approcher! Seule chose qui permettait de relativiser la laideur de ces plinthes: le plafond, peint en une teinte bleu roi qui jurait affreusement avec le reste du lieu, parsemé de fausses voûtes en polystyrène imitant le style gallo-romain.

     Mais le pire était sans doute les parois reliant les hideuses plinthes et l'affreux plafond précédemment cités. Partout, des murs au rose à mi-chemin entre les hallucinations de Dumbo et la pire robe de Roselyne Bachelot, recouverts de portaits de London Mercury, en diverses positions. Ici, en tutu mauve, se tapant l'incrust' dans une comédie musicale pour enfants, et souriant de toutes ses dents malgré les chaussons, les portables et les Nintendo DS que le public, ingénu mais pas complètement crétin, lui bazardait sans aucune retenue... là, campant dans la forêt et dégustant un poulet à pleine dents, saynète charmante s'il n'y avait au second plan un garde du corps bâti comme une armoire, frappant de toutes ses forces un garde forestier hystérique à l'aide d'une pancarte "RESERVE NATURELLE - CAMPING INTERDIT"... ici, une série de photos représentant les anniversaires de la star, ayant ceci de commun qu'elles étaient toutes construites de la même manière, à savoir dans tous les coins des cadeaux plus somptueux et incroyables les uns que les autres, et au centre de cet amas de présents, une petite fille pleurant de rage et distribuant des coups de pieds aux offrandes hors de prix... un rien plus loin, un tableau de la star peint à la manière de Titien, à l'exception toutefois de grands coups de pinceau excentriques çà et là, signe que le peintre avait commencé son oeuvre soigneusement et, pour des raisons faciles à deviner, avait voulu ensuite en finir au plus vite avec son travail... et là, en grand format, la riche héritière avec ses petits chiens, les regrettés Ayam et Zebest (le premier avait fini étouffé par le silicone lorsque sa maîtresse l'avait pressé trop fort contre sa poitrine, le second s'était -on se sait encore comment il s'y est pris- pendu dans sa niche avec son ruban rose)... autant d'abominations picturales qui ne faisaient qu'empirer l'ambiance que la star elle-même, en chair et en os, plombait déjà magnifiquement.

     Il est évident que la description des couloirs de ce wagon a pu paraître longue - à tel point que ce blog risque fort de perdre des internautes fidèles, il y a des limites au supportable. Mais, pour les quelques esprits forts, inconscients ou sous calmants ayant réussi à parvenir jusqu'à ce paragraphe sans se nouer du chanvre autour du cou, sachez que les affreusetés du couloir faisaient office de chefs-d'oeuvres, de beautés absolues en comparaison du spectacle qu'offrait la chambre privée de son altesse London Mercury!

     Située à mi-chemin du couloir principal, la chambre était la pièce la plus importante du wagon... et, malheureusement, la plus pénible pour les yeux. Oldi et Kaito, arrivés légèrement en retard par rapport aux autres domestiques, eurent la chance d'entrapercevoir les détails de la pièce progressivement, ce qui leur évita probablement un choc ayant pu causer une déchirure de la cornée ou une hémorragie interne. Les murs étaient identiques à ceux du couloir, à ceci près qu'aux portraits gnangnans et hideux de la star s'ajoutaient des peintures diverses et variées, réalisées par la riche héritière elle-même, apparamment persuadée d'avoir du talent. Ce qui n'était visiblement pas le cas. Des toiles aux coloris affreux, aux teintes si baveuses qu'elles donnaient l'impression que quiconque toucherait le tableau risquerait de voir sa main s'engloutir et disparaître on ne sait où, et aux agencements aussi approximatifs et désordonnés qu'une décharge publique après un passage de typhon. Il aurait été quasiment impossible, même pour le plus doué des experts en peinture, de faire la différence entre une image réaliste et un dessin abstrait. Quelle pouvait être cette grosse tache baveuse? Est-ce un château? Un lac mazouté? Une farandole de paraplégiques? Un hélicoptère amputé de ses pales, à moins qu'il s'agisse tout simplement de la preuve de la piètre qualité des pinceaux utilisés par la star? Le seul tableau qui offrait une image à peu près -insistons sur le mot "peu"- reconnaissable trônait sur le mur, juste face à la porte. On y voyait une espèce de singe vêtu d'une chose que l'on pourrait hasardement nommer "robe", et tenant à la main un bouquet de fleurs aux teintes criardes. Au pied du personnage central, des dizaines de silhouettes couchées, visiblement en position d'adoration. A moins que ce ne fût un tas de cadavres? Au bas de la dite toile, une petite inscription précisait à l'oeil averti qu'il s'agissait d'un autoportrait. Heureusement, discrète, la note n'avait pas été aperçue d'Oldi et Kaito, et nul doute que s'ils en avaient eu connaissance ils auraient éprouvé quelques problèmes gastriques. Enfin, parachevons le tableau -si nous osons dire- par le fait que ces toiles étaient entourés de cadres style rococo tendance pompeux, aux teintes vives et tape-à-l'oeil... ce qui était finalement un moindre mal, puisque le spectateur lambda avait ainsi largement plus envie de regarder le cadre que le tableau qu'il contenait.

     En toute relativité, le plafond de la pièce semblait plutôt sobre: les arabesques oranges et cyan serpentant entre les néons rosâtres paraissaient presque acceptables. Quand au sol de la chambre, il imitait grossièrement les parquets versaillais, ou, du moins, c'est ce qu'il semblait: il était en effet difficile de le distinguer précisément sous l'amas de coussins jaunes à franfreluches qui jonchaient la pièce. Et, au centre de cet amas de textiles, London Mercury, vautrée sur un énorme pouf rouge sang arborant entre autres motifs des coeurs jaunes et des photos d'elle-même. Une coupe de champagne au prix de type peau-des-fesses à la main, visiblement déjà pompette malgré l'heure matinale, la star fulminait.

     - MA COUPE EST PRESQUE VIDE!!! IL EST POURTANT STIPULE QU'ELLE NE DOIT JAMAIS RESTER REMPLIE A MOINS DE 43,39%!!! hurla la pourrie gâtée aux cinq domestiques placés dans l'embrasure de la porte. Ceux-ci arboraient l'air neutre et impassible indispensable dans leur profession; néanmoins, des subtils spasmes oculaires trahissaient que l'envie de distribuer une bonne paire de torgnoles leur démangeait la fleur à cinq pétales. ALLEZ ME CHERCHER MON DOM SHEMPIGNON 1947!!! re-beugla la harpie tout en bazardant au milieu des coussins sa coupe soi-disant au bord du tarissage.
     - Bien, votre altesse magnifissime, dit en faisant une courbette un homme que les épaulettes fuschia désignaient comme étant le chef des domestiques. Il ne devait guère dépasser la trentaine, mais il était quasiment chauve... la raison de son vieillissement prématuré était évidente.
     - ET NETTOYEZ-MOI CES COUSSINS! ajouta la star en désignant des oreillers maculés par le champagne qu'elle venait de balancer. IL FAIT CRADINGUE ICI! BANDE D'INCAPABLES! SI VOUS CONTINUEZ JE VOUS ABANDONNE DES LA PROCHAINE GARE!

     D'un geste vif mais précis, le chef des domestiques envoya deux hommes chercher du champagne, et désigna Oldi et Kaito pour le nettoyage. Les deux compères obéirent sans discuter. En effet, la dernière phrase de London Mercury les tracassait. Elle pourrait très bien abandonner ses domestiques incompétents au prochain arrêt, nul doute qu'elle en serait capable. Et s'ils se faisaient remercier, comment pourraient-ils voler son vernis? Justement, à propos du vernis, Oldi lorgna tout en ramassant le verre brisé les ongles de la gorgone perfide, et constata avec amertume que ceux-ci étaient recouvert d'une ignoble teinte verdâtre. Des émeraudes réduites en poudre, peut-être? En tout cas, ce n'était pas du rubis... il fallait espérer que le précieux vernis à ongles se trouvait à bord du train. Oldi jeta un regard à Kaito, empilant contre lui les coussins humides; son compagnon le lorgna également et le message passa sans anicroche. A savoir: "Dès qu'on a cinq minutes de libre, on fouille ce wagon".

     Cinq minutes de libre. C'était bien là le souci.

     Car London Mercury, soucieuse de défendre sa réputation de sale gosse pourrie gâtée auprès des magazines people, ne laissait aucun répit à son personnel. Toutes les trois secondes, il lui fallait une nouvelle chose, onéreuse et totalement débile de préférence. Les cinq domestiques ne cessaient de faire des aller-retours entre la chambre et les autres pièces du wagon, évitant soigneusement toute collision qui leur aurait valu un retard infinitésimal mais suffisant pour un renvoi total et définitif. Il semblait impossible de tarir le flot de demandes hystériques s'échappant des lèvres purpurines de London Mercury... "Ce Pommeroul 1962 est trop froid d'un demi-degré, vous voulez ma mort ou quoi?! Changez-moi ça!"..."Mon écharpe en soie, où est mon écharpe en soie?! Et ma doudoune polaire?! ...JE SAIS BIEN QUE LE WAGON EST CLIMATISE, CRETIN! Je ne veux pas METTRE ces vêtements, je veux juste que tu me les APPORTES!!!"... "Enlève-moi ce coussin-là! Ses franfreluches, je ne les aime plus, va les couper, mais seulement une sur deux!!!"... "J'ai envie de m'amuser un peu! Apportez-moi ma Bible imprimée par Gutenberg et une paire de ciseaux..." La star était si insupportable que dès qu'Oldi et Kaito, en nage à force de galoper, lui apportaient l'objet de sa dernière requête hurlée, ils ne pouvaient s'empêcher d'imaginer fugitivement leur maîtresse provisoire ayant le dit objet fiché dans les globes oculaires. Enfin, trente très, très, très longues minutes plus tard, une voix lasse sortit des haut-parleurs disséminés dans le train: "Blés-sur-Deguère. Trois minutes d'arrêt."

     - Allons-y, minauda London Mercury à son personnel en nage. Je veux visiter la gare. Suivez-moi tous!

     Oldi et Kaito tentèrent de s'éclipser discrètement pour fouiller le wagon durant ces trois minutes inespérées, mais malheureusement, le chef du personnel, visiblement soucieux de garder sa place, poussa nonchalamment les compères sur le quai. Là, une foule de photographes de presse people attendaient déjà London Mercury, et firent crépiter frénétiquement leurs flashs dès que celle-ci eût posé son escarpin diamanté sur le quai poussiéreux. Alors que la harpie, provisoirement métamorphosée en charmante gamine devant les représentants de journaux, jubilait de sa renommée, Oldi et Kaito, affalés au pied d'une colonne de béton, bavaient.

     - Je-n'en-peux-plus, articula Kaito. Il donnait l'impression en prononçant cette phrase que le moindre mouvement de lèvres risquait de le faire mourir de fatigue, et, pour tout dire, c'était le cas. Cette folle furieuse ne nous a pas laissé dix secondes de répit depuis qu'elle a bazardé son champagne. Si ça continue comme ça, soit je vais finir par l'étrangler avec ses propres cheveux, soit je vais m'écrouler d'épuisement et une infirmière devra me nourrir à la petite cuillère pour le reste de mes jours.
     - Je dois admettre, répondit Oldi dont la fréquence des spasmes de son oeil gauche augmentait de manière inquiétante, que je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi dur... faut-il qu'elle soit machiavélique pour parvenir à occuper constamment cinq personnes! CINQ!!! C'est inhumain... elle doit venir de Mars où je ne sais pas trop où... enfin, il y a au moins UNE bonne nouvelle...
     - Qui est...?
     - J'ai vu où sont rangés ses vernis, ils sont dans la salle de bain, dans l'armoire à gauche du tas de serviettes. Je les ai vus quand elle m'a demandé de lui apporter son peigne en ivoire. Mais tu comprendras que je n'ai pas eu le temps de les examiner. Le problème, c'est que cette timbrée en a au moins trois cents! Et la moitié des flacons sont rougeâtres... Il nous faudrait au moins dix minutes pour arriver à trouver celui qu'on cherche. Et on sait très bien que ce dragon ne nous laissera jamais autant de temps libre.

     Un silence, à peine entrecoupé par les respirations bruyantes et quasi asthmatiques du duo.

     - A moins que...? hasarda Oldi.
     - Oui?
     - Tu te souviens, au bout de dix minutes de train, elle est allée aux toilettes, et ça a évidemment été beaucoup plus calme au niveau des ordres. Bon, c'est vrai, elle avait exigé que pour son retour tous les coussins de sa chambre soient avec une taie rouge et disposés en cercle parfait, éloignés de 17,6 centimètres les uns des autres, et également que nous ayons tous des chaussures à pompons et des chaussettes à rayures. Mais n'empêche que le répit était là... il faut fouiller l'armoire à vernis pendant qu'elle est aux toilettes!
     - Bon plan, mais malheureusement, le WC et la dite armoire sont dans la même pièce... et même si cette demoiselle, sous ses airs effarouchés, n'hésite pas à dévoiler ses atouts féminins contre quelques cents, cela m'étonnerait fort qu'elle accepte un domestique dans sa salle de bain pendant qu'elle satisfait ses besoins naturels.
     - ...et si un de nous se cachait? Il y a dans la pièce une espèce de grand placard, quelqu'un pourrait y tenir debout. Et vu la forme de la pièce, si, en sortant du placard, on rase les murs jusqu'à l'armoire, cette madame Mercury pourrait être assise sur... hum... disons, le seul trône qui lui convienne, et ne rien apercevoir du quidam présent avec elle. En fouillant l'armoire discrètement, sans faire trop de bruit... moui, cela serait possible. Difficile, mais possible.
     - Fini! En voiture! cria London Mercury, désignant avec méchanceté ses domestiques comme s'il s'agissaient de vulgaires caniches.
     - Mais, chuchota Kaito à Oldi tandis qu'ils remontaient à bord du train, il y a un problème dans ton plan... il faut qu'on se dissimule dans l'armoire juste avant qu'elle ne se rende dans la salle de bain. Et personne ne peut prévoir quand cela se passera, ça peut prendre du temps!
     - Ne t'inquiète pas, sussura Oldi. Je m'occupe de tout. Oui, de tout.(3)

     Le train repartit bruyamment de la gare minable de Blés-sur-Deguère. Alors que, sur le quai, les paparazzis remballaient leurs appareils, dans le wagon de la star, les galopades frénétiques avaient repris.

     Oldi, effectivement, s'occupait de tout. Ah, on se prend pour le chef? Ah, on tyrannise à tout-va? On mussolinise avec frénésie? L'heure de la vengeance avait sonné pour London Mercury. Elle l'avait fait ch***? Il allait la faire uriner!

     N'avez-vous jamais eu un gros mal de ventre, ou une migraine atroce, simplement parce que vous étiez stressé, nerveux? Aussi incroyable que cela puisse paraître, le mental influe le corps; London Mercury allait l'apprendre à ses dépens. Oldi utilisa toutes les techniques mises à sa disposition pour accomplir son but: donner envie à sa maîtresse d'aller soulager une envie pressante! Mademoiselle veut un peu de café? Qu'à cela ne tienne, apportons-en tout de suite trois tasses! Majesté, vous voulez un peu de musique? Et pourquoi pas La mer de Debussy! Son altesse sérénissime veut lire un peu? Et pourquoi pas ce magnifique numéro de Géo sur les chutes du Niagara! Oldi mit toutes ses forces dans son plan, toute sa frustration de la précédente demi-heure se convertissant en énergie machiavélique. Il poussa même le souci du détail jusqu'à servir à la riche héritière ses boissons en faisant un maximum de glougloutements et en chantonnant La complainte des petits cabinets des Frères Jacques... enfin, un quart d'heure après la mise en place de son plan, London Mercury, pour la première fois depuis la gare de Blés-sur-Deguère, se leva de ses coussins et se dirigea vers le couloir. Oldi eut juste le temps d'adresser un discret signe à Kaito, lequel, réagissant avec une promptitude exemplaire, se jeta dans la salle de bain et en referma la porte juste avant que celle-ci ne soit dans le champ de vision de la stalinette rutilante.

     - Je vais aux toilettes, minauda la star, pour mon retour je veux mon fauteuil Louis XVI contre le mur gauche de ma chambre, mais sciez-moi ses accoudoirs, et que ce soit bien fait! Et vous deux, là, vous m'improvisez une petite comédie musicale sur le thème de la crise économique!

     Sur ce, London Mercury entra dans la salle de bain en claquant la porte. Les quatre domestiques s'octroyèrent un quart de seconde de pause, le temps de soupirer bruyamment, puis retournèrent vaquer à leurs occupations. Oldi, avant d'aller chercher une scie dans le débarras à l'arrière du wagon, jeta un dernier regard un brin inquiet en direction de la porte close de la salle de bain, sachant que la réussite de la mission dépendait du quidam dissimulé à l'intérieur. Heureusement, les employés de London Mercury étaient tellement débordés de travail qu'ils en étaient devenus de véritables zombies: ils n'avaient même pas remarqué qu'avait eu lieu une diminution inexpliquée du personnel.

     Dans l'obscurité glauque du placard encombré, Kaito venait d'entendre la porte de la salle de bains claquer, et le grincement typique d'un verrou de bonne qualité résonner. Timidement, en faisant le moins de bruit possible, il ouvrit la porte du placard... London Mercury s'était-elle déjà installée sur le fauteuil de porcelaine? Non, la gourdasse s'admirait devant le miroir, avec un petit sourire satisfait sur ses lèvres glossées à outrance... elle ne perdait pas une occasion de s'admirer, fût-ce en risquant de voir sa vessie exploser! Mais rapidement, les obligations de la nature rappelèrent la narcissique à l'ordre, et elle s'éloigna à contrecoeur de son reflet dans le miroir pour se rendre dans un autre coin de la salle de bain. Kaito l'avait perdue de son champ de vision, mais un bruit de tissu froissé lui indiqua que la chère dame venait de s'installer.

     Avec force précautions, il sortit du placard. Rien. Comme l'avait remarqué Oldi, une zone de la salle de bain était invisible depuis les toilettes. Marchant sur la pointe de ses chaussures à pompons, Kaito se dirigea en direction de l'armoire qu'Oldi lui avait décrite, "à gauche du tas de serviettes". Il ouvrit la double porte de bois: là, sur les trois étages du meuble, des vernis à ongles, de toutes tailles, de tous formats, et de tous composants. Il saisit au hasard un des flacons... soudain, un bruit strident retentit!!! Atroce!!! Une alarme?! Fulgurant, Kaito reposa le matériel de maquillage, quand soudain le bruit descendit d'un ton... puis d'une octave... puis remonta de deux tons? Kaito comprit alors avec soulagement que cette "alarme" n'était autre que London Mercury qui sifflotait une, disons, "mélodie" tout en faisant ses besoins. Apparamment, elle n'était pas bonne en musique, non plus.

     Kaito repartit donc en quête du flacon de vernis. Prenant chaque échantillon l'un après l'autre, il lut patiemment et avec circonspection leurs étiquettes, afin d'être sûr de ne pas passer à côté de celui contenant la poudre de rubis. "Extraits de coquelicots hollandais"... "Poissons rouges tropicaux"... "Gouttes de sang de mon ex-mari"... Soudain, un bruit de cascade miniature retentit: la chasse d'eau! Les besoins de London Mercury avaient été très brefs! Précipitamment, Kaito remit en place sur l'étagère les flacons qu'il avait en main, mais l'un d'eux glissa et alla rouler bien en évidence au centre de la pièce! Sachant que la star, tyrannique, remarquerait la moindre de ses affaires disposées un millimètre à l'écart de sa position désirée, Kaito se baissa pour ramasser le dérangeant produit de beauté...

     Quand il se releva, il vit London Mercury face à elle, avec dans les yeux un regard qui en disait long concernant ses pensées.

     Sur le quai de la gare de Saint-Faunie-en-Saulemineure, après une séance de photos consacrée à son altesse London Mercury, le train de la star avait rembarqué son équipage et s'apprêtait à repartir. Seul restait sur le quai de la gare Kaito, récemment remercié. Il aurait bien voulu, même après avoir été découvert, trouver le flacon de vernis qui l'intéressait, mais il n'en avait pas eu le temps: London Mercury s'était défendue. Et elle a beau avoir peu de force physique, elle savait où frapper pour désarmer un homme... pour tout dire, le visage de Kaito venait tout juste de reprendre des couleurs. Alors que le départ du convoi était imminent, Kaito termina de discuter avec Oldi, bien forcé de continuer le voyage seul.

     - Désolé de ne plus pouvoir t'aider, regretta l'ex-employé. Ca va être dur de voler le vernis, d'autant plus qu'avec un membre du personnel en moins, tu auras encore plus de travail... si c'est toutefois possible. En tout cas, le vernis qui nous intéresse n'est pas sur l'étagère du haut, je l'ai fouillée complètement. Je n'ai pas eu le temps de terminer la deuxième...
     - Je me débrouillerai. En attendant, rends-toi à nouveau à Salulémec... va chercher nos affaires, et occupe-toi d'acheter les autres ingrédients nécessaires à la potion.
     - Pas de problème!
     - Ah, une dernière chose: j'avais relu le grimoire d'Hédépargne contenant la description des phases nécessaires à la bonne préparation de la potion, et il stipulait que pour que celle-ci soit efficace, elle doit être préparée dans le château dans lequel vivait ce mage, mais je n'ai pas encore cherché où celui-ci se trouvait... je te charge de rechercher dans quelle ville il se situe, et dès que je t'aurai rejoint, on pourra s'y rendre et mettre fin à cette histoire de dingues!

     Kaito voulut répondre, mais le sifflement strident que le train venait d'expulser risquant fort de dissimuler sa voix, il se contenta d'un signe de tête en guise d'approbation. Oldi, constatant le regard noir que lui jetait le chef de gare, referma la porte du wagon hermétique. Le dernier round allait se jouer.

     Comme cela était facile à deviner, London Mercury se montra de plus en plus insupportable. La réduction de personnel de cinq à quatre membres, et la mauvaise humeur de la star du fait qu'on s'était introduit dans la salle de bain sans son autorisation, avaient pour conséquence que le travail des domestiques était plus intenable que jamais. Les tâches se succédaient à un rythme effrené, et, pire encore, ne laissaient aucune seconde à Oldi lui permettant de réfléchir sérieusement à son plan. En effet, étant maintenant seul, il ne pouvait compter sur l'aide de son compère pour le prévenir quand il serait temps de se dissimuler dans le placard... s'il s'y cachait trop tôt, London Mercury étant devenue plus méfiante, nul doute qu'elle remarquerait son absence et l'expulserait du train dès la prochaine gare... ou même en plein trajet! Enervée, elle en serait capable. Et s'il s'y prenait trop tard, il lui serait impossible d'entrer dans la salle d'eau sans être aperçu par sa harpie d'employeuse. Bref, Oldi était dans l'impasse. Et le pire était encore à venir: en passant dans le couloir, Oldi donna une petite pression sur la porte de la salle de bain... fermée! Ah, la garce! Nul doute que, suite à sa mésaventure, London Mercury avait empoché la clé de la salle d'eau... Pour cette raison, il ne mit pas à exécution son plan pour forcer la star à aller aux toilettes, plan qu'il avait affectueusement surnommé "conne pour la buvette, bonne pour la cuvette"(4).

     Et soudain, l'Idée jaillit, s'expulsa, comme une éruption solaire, comme une puce sur une planche à ressorts, comme Gollum ayant plongé dans un bain!

     Mine de rien, le train avait bien roulé depuis son départ de Salulémec. Il était presque midi... et qui dit midi dit repas de midi. London Mercury tenait à son luxe, elle ne voudrait pour rien au monde dîner dans un restaurant comptant moins de trois étoiles, et autant dire qu'ils étaient rares dans cette région. Nul doute qu'elle mangerait à bord de son train... et Oldi allait lui préparer un repas qui, non seulement lui donnerait envie d'aller aux toilettes pour un bon moment, mais en plus l'occuperait tellement qu'il pourrait fouiller les armoires sans se faire remarquer!

     Aujourd'hui au menu: wirblewindmagensuppe!

     Pour les néophytes en gastronomie germano-franco-autricho-doùonsaitpastro-espagnole -et il y en a beaucoup- la wirblewindmagensuppe est une espèce de soupe, ou plutôt de purée si elle est particulièrement bien faite (encore que, précisons qu'il est très difficile même pour l'expert cuisinier de faire la différence entre une wirblewindmagensuppe ratée et une réussie). La recette précise de cette soupe n'est connue que par un nombre de personnes pouvant se compter sur une main de maître Yoda, et il se trouve qu'Oldi est de celles-là. Il faut dire que la wirblewindmagensuppe avait été inventée par un de ses lointains ancêtres, qui exerçait le charmant métier de bourreau durant l'Inquisition... les sinistres membres extatiques du Jesus' Fan Club de l'époque usaient et abusaient de cette soupe lors de leurs interrogatoires, afin de recueillir de précieux aveux des prisonniers. En fait, en lire la recette suffisait pour la torture proprement dite. Le dit ancêtre racontait dans ses mémoires que l'usage de cette soupe avait fini par être interdit, non à cause de sa cruauté (de la pitié à cette époque, il ne faut pas rêver non plus), mais tout simplement parce qu'il était quasiment impossible d'obtenir des aveux: dans la majorité des cas, avant d'avoir pu révéler quoi que ce soit, le supplicié mourrait d'une crise cardiaque(5). Aujourd'hui, la wirblewindmagensuppe allait renaître de ses cendres! Il n'y avait plus qu'à attendre les premiers gargouillis intestinaux de London Mercury...

     Cela ne rata pas: un quart d'heure plus tard, juste après que la star ait réclamé pour s'amuser un peu un portrait de son cinquième et dernier mari ainsi qu'une pochette de marqueurs, elle beugla à son personnel: "Et préparez-moi le repas de midi! J'AI FAIM!!!". Oldi se précipita aussitôt en direction de la pièce du wagon qui servait de cuisine, et qu'il avait eu l'occasion d'entrapercevoir tantôt en cherchant les tasses pour le café de son altesse. Un autre domestique voulut s'y rendre mais, via une queue de poisson pédestre parfaitement maîtrisée, Oldi lui fit comprendre bien gentiment que le repas était son affaire, et qu'il désirait moins que tout au monde quelqu'un dans les pattes pendant qu'il préparait sa petite mixture. Le dit domestique laissa, par un petit rictus, transparaître son indignation face à ce remplacement forcé, mais une voix criarde derrière lui réclamant des chaussures en daim le ramena à son dur rôle de chienchien obéissant. Il fit demi-tour et galopa vers la gorgone blonde qui, du fait de son retard millisecondien, commençait à vraiment s'énerver. Oldi referma la porte de la cuisine, et, par sécurité, ferma le verrou. Avait-il au moins tout le matériel nécessaire? Casseroles... chocolat noir... curry... une vingtaine d'oeufs dans le frigo, ainsi que du jambon, du lard et du roquefort... et quelques feuilles de salade verte. Des cacahuètes, du pinard, des fraises et des poires... sel et poivre... tiens! Presque plus de cumin, tant pis. De toute manière, le cumin rajoutait un arrière-goût... agréable. Donc, inadapté. Et, là-bas, quelques herbes aromatisées diverses. Tout était là. Oldi saisit la plus grande des casseroles et lui dit solennellement: "Fais tes prières!"

     Quarante minutes plus tard, midi sonna au clocher de l'église de Jéplud-sous-Sélacriz -avec sept minutes de retard d'ailleurs, le sacristain local étant un brin distrait. Dans son champ, Marcel Ormittal, agriculteur traditionnel de son état, planta sa bêche maculée de terre dans le sol boueux, et s'essuya vigoureusement les perles de transpiration dégoulinant de son front velu. Il eut un petit sourire, pensant à la potée aux choux que sa Gertrude lui avait préparé... soudain, un train pour le moins hideux passa à toute allure sur la voix ferrée jouxtant le champ du paysan, ce qui étonna grandement ce dernier. Premièrement, à cette heure de la journée, aucun train ne passait sur cette voie; fallait-il que ce fût un convoi exceptionnel! Deuxièmement, le train était, n'ayons pas peur des mots, une abomination esthétique, et même Marcel Ormittal, dont l'art était une des dernières préoccupations, acquiesçait quand au fait que ce convoi pas comme les autres piquait atrocement les yeux. Troisièmement, du seul et unique wagon relié à la locomotive de tête semblaient provenir des voix sépulcrales: "...mon repas...","...faim...","...grouillez-vous bande de...". Marcel hésita: avait-il des hallucinations sonores causées par la faim? Après tout, pour que, depuis le milieu de son champ, il puisse entendre quelqu'un parler à l'intérieur de wagon, il aurait fallu soit que ses capacités auditives se soient accrues de manière spectaculaire durant les deux dernières secondes, soit que la personne se trouvant dans le train possède des cordes vocales hors du commun, renforcées en platine ou en titane. Quatrièmement, et c'était bien là le plus étrange, le convoi émettait deux panaches de fumée. Le premier, noir, crasseux, s'échappait de la locomotive, ce qui est en soi bien normal. Mais le second, lui, s'échappait d'une des bouches de ventilation disposées sur le toit du wagon, et, de surcroît, n'était pas noir: il était plutôt jaunâtre, avec des petits nuages bordeaux apparaissant et disparaissant de-ci de-là, le tout teinté d'étranges reflets émeraude.

     Un joli petit moineau distrait voleta à travers le dit panache. Quatre secondes et demie plus tard, il mourut d'une hémorragie interne.

     - ET MON REPAS? beugla London Mercury, installée à la table en chêne qu'on lui avait installée trois secondes plus tôt.
     - C'est prêêêêt! fanfaronna joyeusement Oldi en rajoutant le dernier ingrédient de sa wirblewindmagensuppe, à savoir quelques crevettes (périmées).

     Oldi transvasa la pestilentielle potion dans une grande coupe, et jeta la casserole dont le fond commençait à se dissoudre dans la poubelle, rejoignant ainsi les trois autres récipients qui avaient héroïquement donné leur vie pour l'accomplissement de la noble mission. Sous le regard hagard des autres membres du personnel ("gastronomie française, sans doute", se dirent-ils), le cuisinier improvisé traversa le couloir, tenant fièrement entre ses bras sa création fétide, et la posa aussi délicatement sur la table que s'il avait s'agi d'un lustre en cristal de bohème. Voyant la chose visqueuse aux reflets mordorés et aux fumées irritantes, London Mercury tiqua.

     - Z'est guoi ze drug? Bous boulez m'emboisonner ou guoi? dit la star en se bouchant le nez -ce qui expliquait son étrange accent vaguement germanique- et en faisant des petits moulinets du bras gauche, destinés à atténuer l'odeur du potage.
     - C'est une wirblewindmagensuppe, répondit Oldi avec noblesse et dignité, dans le but de ne pas laisser transparaître que les effluves pestilentielles du breuvage lui donnaient à lui aussi la nausée. Une recette germano-franco-autricho-doùonsaitpastro-espagnole.
     - ...ouais, répliqua mollement la star en débouchant son nez, histoire de ne pas paraître plus sensible qu'un vulgaire domestique. Et... est-ce que ça a coûté cher?
     - Oui, répondit Oldi. Puis, après un silence: très cher.
     - A la bonne heure! s'écria joyeusement London Mercury, prouvant ainsi que son indécent goût du luxe venait d'atteindre des cimes everestiennes. Je suis impatiente de goûter.

     Oldi servit le couvert à sa future victime, versa délicatement un peu de son oeuvre dans un bol en porcelaine de Chine ("le pauvre", songea-t'il) et se mit un peu à l'écart, histoire de mieux admirer la scène, et également d'éviter les projections de soupe qui pourraient faire des trous dans son beau costume rose, et accessoirement à la peau, rose également, se trouvant au-dessous. London Mercury se noua une serviette à carreaux autour du cou, saisit une cuillère en argent et, inconsidérément, avala d'un coup une cuillérée de potage. Aussitôt après, elle déglutit. "Phase un", songea Oldi... il avait suffisamment cuisiné ce plat pour savoir ce qui arrivait à un quidam qui en mangeait sans avoir été au préalable préparé, émotionnellement et physiquement. La première phase était la déglutition, mais une wirblewindmagensuppe digne de ce nom, une fois avalée, ne se laisse pas éjecter si facilement... ce qui menait à la phase deux: le dérèglement chromatique cutané. En d'autres termes, le visage rosâtre de London Mercury venait de virer au vert kaki -ce qui, finalement, convenait fort bien à son caractère de sorcière.

     - Qu... qu... est-ce que... beugla, ou du moins tenta de le faire, la gourmande qui éjectait de la bouche quelques petits bulles orangeâtres à chaque syllabe.
     - C'est peut-être un peu fort, répliqua hypocritement Oldi qui, voyant quelques bulles lui éclater au visage, pensa en son for intérieur: "Phase trois". Cela passe mieux avec un peu de pain, je vais vous en chercher.

     Oldi ressortit de la chambre et feint de se diriger vers la cuisine. Derrière lui, un bruit de porcelaine lui indiqua que le bol de Chine venait de rendre l'âme, et qu'accessoirement avait commencé la phase quatre, à savoir les premières sensations de tournis. Et la phase cinq... London Mercury jaillit de sa chambre comme si ses chaussures à talons aiguille avaient dissimulé une paire de dragsters, en se tenant la bouche dans le but évident d'éviter un retour gastrique précipité. Une demi-seconde plus tard, elle tenta d'ouvrir la porte de la salle de bain... fermée. Retenant un juron (ainsi qu'autre chose risquant fort de sortir de sa bouche, d'ailleurs), elle fouilla dans son corsage et en retira la clé, qu'elle utilisa avec vélocité pour décondamner la porte. Oldi se retourna: personne, les domestiques étaient trop occupés à nettoyer la chambre, sachant que leur employeuse voudrait sûrement que tout soit aussi propre et net qu'une salle d'opération à son retour. Oldi, prudemment toutefois, descendit la poignée de la porte, poussa celle-ci et entra dans la salle de bain. Comme prévu, London Mercury était trop malade et trop pressée de dégobiller pour penser à refermer le cadenas de l'huis!

     Quelques bruits pour le moins peu ragoûtants provenaient de l'arrière de la pièce. Heureusement, accroupie et bruyante comme elle l'était, London Mercury aurait eu bien du mal à remarquer quelqu'un entrant dans la pièce. Toutefois, les hoquets ralentirent: la phase cinq se terminait. Oldi, courant, se dissimula dans l'armoire qu'avait précédemment occupé son compagnon et en laissa à peine la porte entrouverte. Dans l'armoire sombre comme un trou du cul de taupe(6), Oldi se questionna: London Mercury allait-elle faire ce qu'il espérait? La riche héritière se dirigea vers la porte, en saisit la poignée... et s'arrêta. Phase six: rétablissement éphémère. Phase sept: phase dite "ça s'en va et ça revient". London Mercury vira derechef au vert kaki, se prit un quart de seconde pour refermer le cadenas, et s'en retourna vers la cuvette déjà pas mal polluée. A supposer que la victime du wirblewindmagensuppe ait un système immunitaire dans la moyenne, Oldi avait juste le temps de fouiller les deux étagères que son compagnon n'avait pas intégralement examinées.

     L'étagère du centre fut intégralement fouillée, pendant que London Mercury, de par ses bruyantes déglutitions, ne se doutait toujours de rien. Si ce vernis était là, il devait se trouver logiquement sur la dernière des étagères... Oldi saisit une poignée de flacons, tous rouges, et les examina.

     Et soudain...

     "Poudre de rubis".

     Oldi, bien que restant discret, poussa un "Yesss!" enthousiaste, puis se dirigea vers la porte pour ressortir de la salle d'eau... mais, problème! Que ferait-il maintenant? S'il sortait de la salle de bain, la star retrouverait après ses dégobillations la porte déverrouillée, et elle se méfierait! Et s'il ne sortait pas, il y aurait fort à croire que la star refermerait la porte après sa sortie, ce qui l'enfermerait!

     De toute manière, Oldi ne se posa pas la question bien longtemps puisqu'il n'avait pas remarqué, dans ses réflexions, que London Mercury avait cessé de se vider. La star, à ce moment, contemplait avec des yeux remplis de fureur celui qui s'était introduit à son insu dans sa salle de bain, et en avait profité pour lui chaparder un vernis.

     - AU VOLEUR!!! hurla London Mercury en expédiant tout ce qui lui tombait sous la main au visage d'Oldi.

     Celui-ci, protégeant sa face de sa main gauche, tenta avec la droite de déverrouiller la porte... difficile à faire lorsque l'on ne regarde pas celle-ci! Mais qui pourrait dire de quelle abomination serait capable London Mercury s'il avait le malheur de détourner ne serait-ce qu'un instant son regard d'elle? Puis, après des secondes qui parurent aussi longues que l'intégrale de Derrick(7), la porte s'ouvrit. Oldi sortit de la salle de bain, mais, dans sa précipitation, il s'emberlificota les pieds dans la moquette et chut de tout son long sur le sol du couloir! Là, les trois autres domestiques de London Mercury le regardaient, hébétés. Hélas! Leur étonnement ne dura pas, et les toutous dociles comprirent bien vite qu'attraper cet intrus ne feraient qu'avantager leur réputation concernant leur maîtresse... ils bondirent.

     Et là, Oldi comprit pourquoi aucun film de boxe n'avait été tourné dans un train. Il n'y a aucune place! Il tenta de se dégager pour éviter de l'assaut humain, mais une simple rotation suffit pour qu'il se retrouve coincé contre le mur, face à la plinthe hideuse (sur laquelle nous ne nous attarderons pas, y ayant déjà consacré un demi-paragraphe). Résultat: Oldi et ses assaillants se retrouvèrent emberlificotés, incapables de bouger, formant un ensemble rosâtre ressemblant vaguement à un marshmallow fondu, pendant que London Mercury, sortie entretemps de la salle d'ablutions, beuglait "Mon vernis! Mon vernis!"

     Aïe! Le vernis! Oldi l'avait presque oublié... il ne s'agissait pas de le perdre! Oldi serra dans sa main droite le produit de maquillage si durement acquis, histoire qu'il ne lui échappe pas... soudain, un des sbires lui attrapa la jambe, et tira de toutes ses forces! Raclé sur le sol, bloqué par les deux autres compères, Oldi fut traîné tel un sac de patates jusqu'à ce que son assaillant victorieux le tienne, tel un chasseur sa proie. Mais le voleur ne se laissa pas faire: ce serait trop bête de rater sa mission maintenant! D'un geste à la puissance démultipliée par l'adrénaline, il se servit de son pied libre pour frapper au bas-ventre son agresseur! Celui-ci, hélas, n'eut qu'un léger recul... qui lui fit écraser le pied de London Mercury! La star hurla, fulmina, et frappa son protégé avec une telle force que celui-ci vacilla, tituba et s'écroula sur ses deux compagnons! Gaffe monumentale! Oldi était à présent libre de ses mouvements, et séparé de ses assiégeants...

     - Bye bye! dégoisa-t'il à la star hébétée. Puis il fuit.

     Sautant par-dessus le tas de chair rose, il arriva au bout du couloir, en ouvrit la porte... ah, quel vent! Malheur! Il avait oublié qu'il se trouvait au milieu d'un train en marche! Derrière lui, ses assaillants reprenaient du poil de la bête...

     Soudain, brusque dépression du paysage qui défilait sous les pieds d'Oldi. Un pont. En bas, de l'eau.

     Pas à hésiter... il sauta.

     Cela faisait plusieurs décennies que Cézaire Dabrutis avait pris l'habitude de pêcher dans l'étang Sondur-ma-petite-dame. Toujours installé à la même place, dans la même position, il avait fini par connaître les eaux de l'étang comme s'il s'agissait d'un vulgaire bol. Et il en avait vues, des choses étranges sortir de ces eaux! Quelques voitures d'automobilistes distraits ou saouls, des dizaines de chaussures orphelines, des bijoux bazardés par des victimes d'amours rompues,  Il avait même un jour retrouvé un authentique piranha d'Amazonie, qu'un propriétaire peu scrupuleux avait sans doute abandonné dans ces eaux. Mais cela, il n'avait encore pas vu: un baigneur tout habillé, vêtu d'un costume rose (hideux d'ailleurs), ruisselant d'eau glaciale, des algues serpentant sur les épaules, et grelottant comme un vibromasseur. Mais bon, Cézaire en avait vu d'autres, aussi il ne s'offusqua guère de voir cet individu, sortant des eaux comme une créature de film d'horreur.

     - Le ver... le ver... bégaya la créature des marais en frissonnant.
     - Le ver? répondit le pêcheur avec un air hautain. Sachez, môssieur, que cela fait quarante ans que je pêche. Quarante! C'est très long. Et vous me soupçonnez d'avoir oublié de mettre mon appât? Vous m'offusquez, mon petit! Je...
     - ...le vernis à ongles, dit sèchement(8) le baigneur, apparamment satisfait d'avoir enfin trouvé la force nécessaire pour finir sa phrase. Est-ce que vous auriez vu un flacon de vernis à ongles?
     - Un vernis? Non, pas vu, désolé mon petit. Pardon, ma petite, se reprit Cézaire (sa vue n'était pas excellente, et il avait cru tout d'abord qu'il avait affaire à un garçon, mais quelqu'un tout de rose vêtu et lui réclamant du vernis à ongles...)

     L'individu parut accablé, et s'agenouilla par terre, la tête entre les jambes. Pendant quelques minutes, le silence régna, à peine troublé par le clapotis des vagues de l'étang.

     - Croyez-moi, ma petite, déclara le pêcheur afin d'égayer l'ambiance, la pêche à la ligne vaut mieux que toute cette agitation. Et puis, hé! On peut trouver des trésors autres que les poissons... regardez, ça c'est ma petite mallette, je mets dedans tout ce que je pêche et qui n'est pas comestible. Bien sûr, souvent, cela n'a aucune valeur, mais il arrive parfois que je retrouve quelques perles; je les rapporte aux objets trouvés, et bien souvent le propriétaire généreux m'offre une petite récompense. Et la pêche a plutôt été bonne depuis ce matin, regardez: un nounours en parfait état -je connais un gamin qui doit pleurer en ce moment!, une perruque que son propriétaire aimerait sûrement récupérer... ainsi que ce dentier. Une bague... et pas de la gnognotte, s'il vous plaît, en or et avec un rubis incrusté! Nous avons également un appareil photo -heureusement il était dans une housse étanche- dernière génération, une girafe pouic pouic, un...

     Cézaire Dabrutis se tut, tout simplement parce que son interlocuteur avait disparu. A terre, gisait sa mallette renversée, son contenu éparpillé sur le sol humide, mis à part la bague qui, elle, s'était volatilisée.

     Quelques longues, longues heures plus tard, et après une note de taxi qui ferait passer les pertes de la crise économique pour une étiquette de Leader Price, Oldi était revenu à Salulémec avec son précieux chargement. Sur la place du village, une voiture avec, assis à la place du chauffeur, Kaito, qui avait chargé toutes les affaires du duo dans le véhicule. Celui-ci patientait en tapotant sur le tableau de bord le rythme de la musique beuglante que crachotait l'autoradio, quand Oldi l'aborda.

     - Ah, te voilà enfin! dit Kaito en coupant les bruits discordants. Tu as le vernis?
     - Oui, répondit Oldi. Enfin, non... mais j'ai un rubis, c'est l'essentiel! Et toi, tu as trouvé où on doit aller?
     - Parfaitement, lui rétorqua Kaito en sortant une carte routière du vide-poches. Mais je te préviens: ça risque de ne pas te plaire.

     Kaito indiqua du doigt à Oldi l'endroit où ils devaient à présent se rendre. Oldi retint difficilement un sanglot.

     - Oh NON! Par pitié! N'IMPORTE OU, MAIS PAS LA!!!

 

 

 

(1) Je mets "blasphématoires" parce que j'ai appris récemment qu'aux premiers temps du transport ferroviaire, certains curés considéraient que seule l'odeur de l'encens était en mesure de louer le Seigneur, et que les panaches de fumée des locomotives étaient "des insultes lancées à la face de Dieu". Les trains n'étaient pas en odeur de sainteté, quoi...

(2) London Mercury s'exprime toujours en français quand elle beugle, elle considère que ça a plus de force. Elle aurait bien voulu le faire en allemand, ce qui aurait encore plus de force, mais elle n'a jamais pu apprendre cette langue: ses tuteurs considéraient à juste titre que sa rencontre avec un germanique risquerait fort de déclencher une troisième guerre mondiale.

(3) Si cette histoire était en version audio, vous auriez frissonné en entendant cette phrase.

(4) Je l'avoue, ce n'est pas la meilleure de mes contrepèteries.

(5) L'ancêtre d'Oldi avait d'ailleurs reçu le surnom de "bourreau des coeurs".

(6) Exceptionnellement, cette expression n'est pas de moi. Elle est d'une amie de la famille à qui nous avions rendu visite récemment, et qui a sorti cette phrase alors qu'elle nous raccompagnait jusqu'à la voiture dans l'obscurité une-heure-du-matinesque. Je trouve cette expression géniale!

(7) Paix à son âme.

(8) Vu comme Oldi était humide, c'était un exploit de parler ainsi... oui, je sais, c'est un peu tordu, voilà un calembour qui risque fort de tomber à l'eau.

 

Publié par oldi à 15:01:10 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (16) |

Rubis sur l'ongle | 13 novembre 2008

ATTENTION! Un message très important, chers internautes, vous attend à la fin de cet article. Vous pouvez aller voir tout de suite si vous voulez, mais si vous pouviez lire le texte avant, vous y serez tout de même gagnants, non? ^^

 


 

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:

Oldi et Kaito ayant échappé de peu à la mort suite au naufrage du T2, ils doivent se mettre en quête d'un rubis pour pouvoir préparer la potion magique censée délivrer Oldi de la malédiction qui pèse sur lui...

 


 

     Ouste/Fichez-moi le camp/Zou/Du balai/Dehors/Que je ne vous revoie plus/Allez faire vos farces ailleurs/Dégagez, espèces de plaisantins/loustics/petits c***/pitres/jocrisses/gibiers de potence.

     Une phrase mystérieuse que celle ornant ce début d'article, vous en conviendrez. Il s'agissait toutefois de la manière la plus fonctionnelle de présenter en intégralité les réponses faites à Oldi et Kaito lorsque ceux-ci firent la même demande dans toutes les bijouteries du village de Salulémec, où les secours les avaient aimablement déposés suite à leur mésaventure sur le T2. Que ce soit chez le plus aristocrate des joaillers au plus mécréant des dirigeants de supermarchés, tous avaient eu à peu de chose près la même réfutation à la bouche lorsque les deux jeunes hommes les avaient questionnés sur l'éventuelle possibilité de se procurer un gros rubis à moindre frais.

     - Encore raté, soupira Oldi en s'acroupissant aux côtés de son ami sur le bas-côté, en face de la porte d'entrée de la bijouterie Licourier, la douxième de l'heure à les avoir malproprement renvoyés. C'est incroyable qu'il soit impossible de louer un rubis, ne serait-ce qu'une heure! J'ai rarement vu un tel incivisme.
     - Remarque, je les comprends, rétorqua son compagnon. Un rubis, c'est pas rien, tout de même... mais je dois admettre que c'est à peine moins dur d'arriver à se procurer un rubis que de voir Pluton à l'oeil nu, ou de dénicher une carte d'adhérent au Parti Communiste de Jean-Marie Le Pen. La question maintenant, c'est d'arriver à trouver comment acquérir un rubis, sachant que toutes les bijouteries de la planète nous claqueront la porte au nez dès qu'on annoncera à leurs propriétaires qu'on a à peine assez d'argent pour se payer un demi bol de soupe...
     - J'ai une idée! dégoisa Oldi, levant son index au ciel. On va faire du brainstorming. On pense à n'importe quoi, et après on trouve de super idées. Par exemple, euuuh... tiens, ce journal, là, qui traînait par terre. Je suis sûr que la une contient largement assez de texte pour faire fructifier les trouvailles... voyons voyons...

     Il se trouvait malheureusement que la une du journal était consacrée au naufrage du T2, une affaire que, malheureusement, les deux compagnons avaient suivi d'assez près pour savoir qu'il n'y aurait plus moyen de se procurer le moindre rubis ayant un quelconque rapport avec le navire, navire qui gisait actuellement en plein Atlantique au plus profond d'un abysse lugubre. Complètement dépité, n'ayant même pas remarqué que lui et son compagnon faisaient la une, Oldi bazarda le quotidien derrière lui d'un geste viril et précis, à mi-chemin entre le spasme coutumier de l'épileptique chronique et la gesticulation géométrique de l'androïde extrinsèque, et le laissa choir sur le macadam humide dans un schlaff sépulcral tandis qu'il s'arquepinçait résolument l'arête du nez dans un geste de profond désespoir. Son compagnon, loin d'être aussi défaitiste, ramassa l'imprimé orphelin et se mit à le feuilleter flegmatiquement. Soudain, un article en page sept capta son attention. La photographie ornant le dit article, ou plus précisément la jeune femme qui y figurait, avait éveillé en lui une tenace réminiscence. Il avait déjà vu cette femme, avec sa démarche pincée, ses tenues grotesques et son visage au sourire artificiel évoquant le chimpanzé de laboratoire lors de la vérification hebdomadaire de sa température anale... Ah! Bien sûr, il s'agissait de London Mercury, riche héritière de la chaîne d'hôtels du même nom. Présentée par quelques-uns comme l'apogée de l'évolution, dénigrée par tous les autres, ces derniers considéraient à juste titre que la star aurait vécu sa vie exactement de la même manière si on l'avait amputée des deux bras à la naissance, tellement elle n'avait jamais rien fait de ses dix doigts. Pour le principe, et en guise de compassion avec l'infortuné journaliste ayant été forcé de composer sur un tel sujet, Kaito entama la lecture de l'article.

     C'est demain qu'arrivera dans notre village la célèbre London Mercury, riche héritière de la chaîne d'hôtels du même nom. En effet, la célèbre vedette des magazines people a entrepris un "pèlerinage" de son Angleterre natale jusqu'au petit village auvergnat de Lataha-sur-Rémec, où elle doit rencontrer le petit Julien, orphelin de 4 ans qu'elle a prévu d'adopter. Une action qu'elle a désigné comme étant "un geste fort envers les pays défavorisés". Une déclaration surprenante, la France étant loin d'être un pays sous-développé; toutefois, il semblerait que London Mercury soit persuadée du contraire, ayant affirmé récemment au célèbre journal anglais The Times qu'elle avait été scandalisée en apprenant "qu'il existe outremer un pays si misérable que ses habitants sont obligés de manger des escargots et des grenouilles pour survivre". Profonde bêtise ou innocente boutade? Qu'importe! Le fait est là: la riche héritière, désireuse de faire oublier ses extravagances passées, ambitionne de se rapprocher du bas-peuple.

     Une envie qui se confirme lorsque l'on voit comment va se dérouler le voyage de la star, puisque celle-ci, après être passée par notre pittoresque village de Salulémec, prendra le train jusqu'à sa destination. N'est-ce pas signe de repentance, que de prendre simplement le train du paysannat alors que l'on dispose de plus de quinze jets ultramodernes à usage privé? Un voyage "traditionnel", qui, selon le psychiatre de la star, devrait quelque peu parvenir à la reconnecter avec la réalité, lien fragile que sa richesse astronomique n'a cessé de faire disparaître au cours du temps. On se souvient en effet que London Mercury a régulièrement défrayé la chronique avec ses extravagances de multimilliardaire. Que ce soit ses parties de golf dans la réserve naturelle de Yellowstone, ou sa bronzette de l'été dernier sur une terrasse aménagée au sommet de Big Ben: London Mercury a de l'argent et tient à le montrer aux populaces de toute la planète. Aujourd'hui encore, la star ne peut plus se déplacer sans porter, entre autres, son collier de perles d'huîtres Indonésiennes ou son vernis à ongles composé à base de rubis réduits en poudre.

     Riche mais humaniste, au bout de son voyage, la riche héritière a promis de faire un don aux habitants de la bourgade de Lataha-sur-Rémec, don qui ira évidemment en grande partie à l'orphelinat où vit pour une journée encore son futur fils adoptif. Une proposition généreuse, que tous les habitants du village ont bien entendu accepté avec enthousiasme, que ce soit du plus simple des paysans au maire, Philippe O. Suxion.

     Soudain, Kaito stoppa sa lecture passionnée. Quelque chose clochait. Clochait, dans le sens que quelques secondes auparavant, il avait ouï mentalement un modeste dilong-diling alerte. Comme si une petite clochette agitée par quelque ange bienfaiteur avait sonné dans sa tête, tintement providentiel censé l'avertir sur un je-ne-sais-quoi d'important qu'il aurait manqué. Comme un chef de gare qui sifflerait de toutes ses forces de voir un train passer devant les quais sans s'arrêter pour déposer les voyageurs. En fait, c'était une sensation de malaise, comme lorsque que, en lisant un livre, vous trouvez qu'une phrase a un petit quelque chose de gênant, et qu'en relisant très attentivement celle-ci, vous vous rendez compte que le mot central de la dite phrase contient une énorme faute d'orthographe à faire passer Jean-Claude Van Damme pour le rival direct de Bernard Pivot. Décidé bien qu'un brin sceptique, Kaito relut la fin du paragraphe précédant celui qu'il venait d'entamer, lisant avec attention chaque mot, allant presque jusqu'à l'épeler mentalement. Soudain, il vit. Rubis.

     Il montra le journal à son compagnon quasi-dépressif, lequel esquissa un pas de danse.

     Le lendemain matin, alors que l'aube blafarde éclairait peu à peu la cambrousse tranquille, une grande agitation régnait sur le quai de la gare de Salulémec. La petite station de campagne, réputée si paisible, était complètement défigurée, dénaturée par la venue de London Mercury. Même si la star n'était pas encore arrivée, tout avait été organisé pour sa venue dans la petite bourgade; inutile de dire qu'Oldi et Kaito eurent bien du mal à se frayer un passage entre les populaces hystériques pour parvenir jusqu'aux quais. Le désordre était encore pire que ce qu'ils avaient pu imaginer: la large cour à ciel ouvert tenant lieu de débarcadère était à présent scindée en trois parties. Deux d'entre elles, disposées symétriquement, étaient composées ni plus ni moins des dizaines, des centaines de croquants venus voir la star pailletée. Une bonne moitié des gueux venaient admirer de tous leurs yeux ce qu'ils considéraient comme la femme parfaite(1), du moins telle qu'elle était décrite dans les médias lèche-culs qui florissaient dans tous les kiosques à journaux du pays. L'autre moitié, des citadins mieux informés, attendaient avec impatience l'occasion de balancer à la blondasse bineuronale quelques fruits en état de décomposition plus qu'avancée, voire, faute de mieux, une ou deux brouettes d'onomatopées et métaphores colorées.

     Quand à la dernière partie du quai à présent scindé, elle était vide de monde, et pour cause: de solides barrières empêchaient quiconque de la masse de gueux de pénétrer dans cette zone. Pour être précis, il s'agissait d'un "couloir" reliant l'entrée principale de la gare au premier quai. Une fois de plus, le dicton de La Fontaine se vérifiait merveilleusement(2). Tout comme se vérifiait le fait que ce qu'on lit dans les journaux est souvent très éloigné de la réalité.

     Car London Mercury était présentée comme humble et simple, du fait qu'elle prenait le train. Sauf que le train stationné sur le quai n'avait rien du vulgaire transport en commun. Composé d'une locomotive à vapeur (en fait, une locomotive électrique tentant d'imiter son ancêtre à charbon) crachotant sa fumée irritante et d'un seul et unique wagon, le convoi était, n'ayons pas peur des mots, une torture pour les yeux. Si la fausse locomotive pouvait encore s'en tirer avec classe, il n'en était pas de même pour le wagon, d'un esthétisme plus que douteux, pour parler poliment. Aux tons dorés pompeux et décoré de petites fleurs roses, il ne comportait aucune fenêtre: une fantaisie imposé par la pudeur de la star, bien que toute personne sensée répugnerait à lorgner à l'intérieur du wagon, craignant que l'intérieur soit décoré de la même manière que l'extérieur. Comble du mauvais goût le plus flagrant combiné à une bonne dose d'égocentrisme forcené, le long de la paroi se découpait la phrase "I LOVE MYSELF", déclaration abjecte de suffisance dont le plus extatique des anglophones refuserait catégoriquement d'énoncer la traduction.

     - Quelle horreur, résuma Kaito en lorgnant l'abomination. On pourrait peut-être lui échanger son vernis à ongles en échange d'un neurone de chacun de nous, ça la rendra trois fois plus intelligente.
     - L'idée est tentante, mais, hélas! Je crains qu'elle n'accepte pas. En attendant, ça n'arrange pas nos affaires. Dans un instant d'euphorie, j'ai cru que cette quiche ferait preuve d'humilité et se mêlerait au bas-peuple... mais ça va être difficile de lui chaparder son produit de beauté si elle voyage dans ce coffre-fort à roulettes. Chaise, armoire, commode Louis XV, lit à baldaquin(3). Il faudrait trouver un moyen d'entrer à l'intérieur... mais comment?

     Tout en disant cela, Oldi observait la gare de manière panoramique, cherchant une idée en observant les ouailles hystériques. Soudain, deux personnages attirèrent son attention, ceux-ci se différenciant des autres gueux tout simplement parce qu'ils ne bougeaient pas d'un poil. Accoudés à un mur de la gare, il s'agissait de deux hommes, type gardes du corps, revêtus chacun d'une combinaison rose. Du même rose que celui présent sur le train...

     - Dis-moi, Kaito, une séance de déguisement plus un voyage en train, ça te dit?

 

 

(1) Ca peut sembler bizarre, mais bon, on est au fin fond de la campagne bretonne. Les attractions sont rares, on se contente de peu.


(2) Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. En gros, nous sommes tous égaux, mais certains sont largement plus égaux que les autres. Dicton qui devient de plus en plus d'actualité au fur et à mesure qu'il vieillit.


(3) Ne faites pas attention, j'ai mis ça pour meubler la conversation.

 



CONFERENCE DE PRESSE ORGANISEE PAR OLDI ET KAITO

 

(le public constitué de fidèles internautes s'installe)

- LES INTERNAUTES: Bon, pourquoi il nous a fait venir?
- KAITO: Vas-y, Oldi, dis-leur...
- OLDI: ...c'est dur...
- LES INTERNAUTES: Qu'est-ce qu'il va encore nous pondre, l'hurluberlu?
- OLDI: ...il... aaaah, l'émotion... c'est difficile...
- LES INTERNAUTES: Euuuuh, mais qu'est-ce qu'il a?!?!
- OLDI: Ce n'est pas évident à annoncer... ça fait tellement longtemps...
- LES INTERNAUTES: Il n'essaie quand même pas de nous dire que...?!
- OLDI: Eh bien, en fait... SI, je...

BROMOLOMOLOMOLOMOLOMOLOMOLOM... (bruit d'une salle de 500 personnes se vidant en autant de microsecondes)

- OLDI: Eh ben tu parles d'internautes fidèles! Ils s'ennuient tellement avec moi qu'ils s'en vont avant même que je leur annonce la bonne nouvelle!
- KAITO: Mais non, rassure-toi! C'est juste qu'à force d'étirer ton annonce en longueur, ils ont déjà tous deviné ce que c'était. Ils n'étaient pas lassés mais pressés! On peut les comprendre: depuis le temps qu'on l'attendait, la mise à jour du site des Chroniques d'Eluna avec l'épisode 3 en tête de gondole!
- OLDI: Tu veux dire qu'ils sont déjà tous partis sur http://elunachroniques.ifrance.com?
- KAITO: Sans aucun doute!
- OLDI: Ah! Ca me rassure. Bon, c'est pas tout ça, on a un vernis à ongles à chouraver.

Publié par oldi à 00:46:39 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (18) |

Problèmes du quotidien | 18 octobre 2008

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:

Comme cela était facile à deviner, le T2, tout comme son illustre ancêtre le Titanic, a coulé sans laisser de traces. Heureusement, les techniques de sauvetage ayant évolué depuis 1912, tous les passagers ont pu être sauvés, y compris Oldi et Kaito, qui ont réussi en plus à dérober un rubis dans les cales du navire - rubis, qui, rappelons-le, est le dernier ingrédient rare indispensable à la préparation de la potion qui doit sauver Oldi de la malédiction qui pèse sur lui. Hélas! Une fois les deux compagnons sauvés, il s'est avéré que le "rubis" qu'ils avaient dérobé n'était qu'un faux, une pâle imitation! Ils doivent à présent repartir à la recherche d'une véritable pierre précieuse. Et nul doute que ce ne sera pas facile...

 


 

     - Ce bouclier viking était un trésor inestimable.

     Telle fut la dernière phrase complète prononcée par Matthieu Salémique, présentateur d'émissions de télévision de son état. Ou, du moins, telle fut sa dernière phrase sur l'écran du home cinema d'Augustin Thymmilou, une fraction de seconde avant qu'une télécommande projetée avec rage aille se loger dans l'épaule droite de sa représentation bidimensionnelle.

     Augustin Thymmilou, affalé dans son fauteuil en robe de chambre bordeaux, ronchonnait ferme. Depuis que des intrus avaient pénétré dans sa forteresse et y avaient causé un capharnaüm sans nom, il passait son temps à ruminer, installé sur quelque meuble à coussins, sans rien faire d'autre de son considérable temps libre. Toute la sainte journée, le vieux scrogneugneu grognassait à qui mieux mieux, repensant avec force froncements de sourcils les dégâts dantesques que cette infiltration avait provoqués. Oh! Il est vrai qu'il était lui-même responsable de la plupart des ravages causés lors de cette nuit funeste, mais ça, il aurait préféré aller sur la pelouse de la maison blanche déguisé en Ben Laden plutôt que de le reconnaître. Car non seulement c'était un homme, mais en plus de cela, il était, même selon les normes masculines, particulièrement borné. Pour dire les choses telles qu'elles étaient, Augustin Thymmilou faisait partie de ces personnes qui, lorsqu'elles se prennent un lampadaire dans la figure après avoir déambulé le nez en l'air, insultent la municipalité et accusent EDF de tous les crimes.

     Et la scélératesse du milliardaire n'avait fait que croître depuis la date fatidique du cambriolage. Lui qui, auparavant, était tout simplement exagérément asocial, éprouvait à présent une haine tenace contre tout le reste de l'humanité; une haine qui ressortait sauvagement dès qu'un petit quelque chose faisait remonter en lui la réminiscence du vol de tantôt. Ce qui explique pourquoi son téléviseur devait rendre l'âme: il avait eu le malheur, un instant auparavant, de s'arrêter sur une émission traitant d'archéologie, et, pris d'un subit accès de rage, le ronchon hystérique avait saisi sa télécommande et en avait bombardé cet imbécile de Matthieu Salémique.

     Le dit Matthieu Salémique, pas rancunier pour un sou, décida de partir en toute dignité et de laisser dans la villa d'Augustin Thymmilou, tel les grands compositeurs d'autrefois, une oeuvre inachevée (bien que le vrai Matthieu Salémique soit un véritable ignorant en musique classique, croyant dur comme fer que Beethoven était un nom traditionnel que l'on donnait aux saint-bernards, et que Chopin était l'inventeur de la chopine). Ses dernières paroles furent donc "Cela faisait longtemps que le groupe de scientif...", une demi-phrase on ne peut plus banale, mais que l'attentionné présentateur sublima dans un magnifique spectacle de son et lumière, son habituelle voix de baryton fluctuant allègrement de Mika à Barry White, et son traditionnel et tristounet costume bleu nuit arborant simultanément toutes les nuances possibles du spectre chromatique. Puis, laissant ses paroles en suspens(1), il se tut et laissa le noir total fondre sur lui. Ce mutisme définitif plongea la villa d'Augustin Thymmilou dans un silence de mort, à peine troublé par le doux souffle du vent marin, le murmure de la marée descendante et les glapissements frénétiques provenant d'une bagarre de mouettes en rut.

     Puis, le silence fut tranché net par un petit bruit métallique provenant de l'aspiro-boîte.

     L'aspiro-boîte était à l'origine une invention d'André Franquin dans un album de Gaston Lagaffe, invention qu'un des amis d'Augustin Thymmilou avait concrétisé en guise de cadeau d'anniversaire pour son cher compagnon (le dit ami s'était fait assassiner quelques jours après, mais ça, c'est une autre histoire). Le principe en est simple: il s'agit d'une boîte aux lettres de jardin, percée en son fond d'un tuyau qui aspire le courrier et peut le faire ressortir à l'intérieur de la maison. Conçue à la base pour éviter d'aller chercher le courrier sous les intempéries, Augustin Thymmilou s'en servait surtout pour éviter de croiser ces abrutis de facteurs, toujours prêts à vous vendre des calendriers hideux, ou, pire! tenter de vous faire signer des pétitions débiles à propos d'on-ne-sait-quoi-et-d'ailleurs-on-s'en-tape.

     Le milliardaire se leva lentement, se traîna péniblement vers le bac contenant les paperasses du jour et en fit rapidement le tri. Catastrophe! En premier lieu, ce qui lui déplaisait le plus: des demandes de dons. Demande de dons pour la recherche contre la leucémie... pour quoi faire? Il n'était pas malade! Demande de dons pour les Restos du Coeur... mmmh, il donnerait, peut-être, quand Coluche serait ressuscité. Demande de dons pour la SPA... HA! Ca, c'était la meilleure! Une Société Protectrice des Animaux, non mais j'vous jure! Et pourquoi pas une déclaration universelle des droits de l'Homme, tant qu'on y est?!?! Demande de dons... demande de dons... le journal.

     Aaah, le journal! Joie, béatitude, plénière volupté! Depuis qu'on avait cambriolé sa villa, Augustin Thymmilou éprouvait tellement de haine envers le reste du monde qu'il ressentait un malin plaisir à assister au malheur des autres. Et quoi de mieux qu'une gazette pour juger de la mauvaise fortune d'autrui? A chaque page, ce ne sont que morts, cataclysmes, malheurs et désolation. Si, avant l'incident, le milliardaire ne faisait que survoler négligemment le périodique, ne s'attardant (et encore!) que sur la page des bandes dessinées insignifiantes, à présent, il passait des heures à lire les informations, cherchant ardamment le moindre détail sordide du plus insipide des paragraphes. Il compulsait consciencieusement la rubrique des faits divers, à la recherche de quelque crime; il prenait un malin plaisir à scruter les détails de la rubrique nécrologique; il ricanait sans aucune retenue en lisant les chiffres des attentats en Irak, et il suivait avec intérêt l'évolution de la crise économique mondiale, guettant avec impatience les premières vagues de suicides du haut des buildings new-yorkais. Vraiment, la lecture du journal constituait à peu de chose près la seule occupation qui égayait ses journées de sombres ruminations.

     D'autant plus que l'édition du jour s'annonçait particulièrement palpitante, la une de la gazette étant consacrée à un paquebot qui avait, semble-t'il, sombré en plein milieu de l'Atlantique. Ah, ça se perdait, les bons gros naufrages bien meurtriers, avec l'avènement de ces stupides règles de sécurité... nul doute qu'aujourd'hui, la lecture serait éminemment jouissive! C'est avec béatitude qu'Augustin Thymmilou s'installa tranquillement dans son fauteuil préféré, son mazagran plein à la main, et imaginant avec force ricanements toute la populace du village voisin reposant par mille mètres de fond avec des langoustines leur grignotant les orteils et des anémones dans les globes oculaires.

     Néanmoins(2), le quotidien se révéla plus maussade que prévu. Après avoir survolé l'article, Augustin Thymmilou apprit non sans déception que le naufrage susmentionné n'avait fait que peu de dégâts humains, les secours étant intervenus avec une rapidité exemplaire. Au plus déplorait-on des fractures dues à des bousculades, et deux ou trois hypothermies causées par la fraîcheur nocturne des eaux atlantiques. En fait, si l'accident avait fait la une, c'était plus à cause de son originalité que de ses pertes humaines: le bateau qui avait sombré était, aussi surprenant que cela puisse paraître, une réplique exacte du Titanic, construite pour quelque expérience visant à démontrer que le célèbre navire n'aurait pas pu couler. "C'est incroyable", songea Thymmilou en avalant une gorgée de café brésilien à 1000 euros la tasse, "il y a vraiment des gens qui arrivent à dépenser leur argent pour des futilités". Bah! Au moins, cette une lui avait permis de rigoler un bon coup, non à cause de l'article lui-même (bien que dans celui-ci, quelques fautes d'orthographe comme le remplacement malheureux du "c" par un "que" dans le mot "Titanic" avaient réussi à lui arracher fugitivement un sourire), mais bien grâce à la photographie ornant le dit article, représentant le retour des rescapés sur le plancher des ruminants. Comme ils avaient l'air de se sentir ridicules, tous ces cinglés froufroutants attifés comme au mardi gras, et comme ils devaient se sentir encore plus ridicules en cet instant, voyant leur bobine hagarde s'afficher dans tous les kiosques à journaux de la région!

     Mais, soudain, en plein ricanement, Augustin Thymmilou s'immobilisa.

     Car, là, brunis(3) par la piètre qualité de la photographie mais toutefois bien reconnaissables, deux personnages de l'arrière-plan venaient de capter son attention. Oh! Ils ne payaient pas de mine; habillés aussi ridiculement que la vingtaine d'autres rescapés présents sur l'instantané, et arborant le même air abruti, un peu halluciné. Mais pour Augustin Thymmilou, ces personnages étaient bien plus que des figurants insignifiants sur une photographie jaunâtre. Car c'étaient bien EUX, ceux qui avaient causé un chaos innommable dans sa villa, ceux qu'il croyait morts et enterrés, ceux dont il voyait le visage dans ses cauchemars toutes les nuits...

     - CE SONT EUX!!! hurla Thymmilou, se levant si brusquement qu'il en renversa son café sur son tapis persan. CETTE FOIS, JE NE LES RATERAI PAS!!!

 

 

(1) certains pensent que le mot inachevé était "scientifiques", mais rien n'est moins sûr.

(2) ...comme dirait Michael Jackson.

(3) calembour sarkozyste.

Publié par oldi à 19:53:24 dans 12 - Le livre Hédépargne | Commentaires (31) |

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Moi

Bin moi c'est moi ;-)


Je ne suis ni grand, ni petit, ni très gentil, ni vachement méchant, ni mexicain, ni portugais, ni russe, ni chinois... en fait il y a beaucoup plus de choses que je ne suis pas que de choses que je suis...


Bon, pour me présenter, laissons parler le Larousse, il se débrouille mieux que moi.



OLDI (n.m., vient de Haul-Dii qui, dans la langue des indiens Glapnawouets, signifie "idiot du village", bien que la traduction poussée donne un mot moins gentil que "idiot"). Un Oldi est un être humain qui existe, heureusement, en un seul exemplaire. Il est moitié homme, moitié animal, si on tient compte de sa tête de singe, de son corps de mammouth et de son odeur de putois, sans ouvlier son QI d'huître. Un Oldi écrit des textes et fait des dessins malgré qu'il soit incapable d'avoir une quelconque notion de beauté. Le seul Oldi recensé se situe à l'Est de la France, mais son adresse exacte demeure inconnue.



PS: en tant qu'Oldi, je voudrais m'insurger contre cette scandaleuse définition: JE N'AI PAS UNE ODEUR DE PUTOIS - je me suis lavé le mois dernier. Non mais.



Enfin... je vous souhaite une bonne visite sur mon site. Laissez des commentaires plîîîîîze... tout le monde peut s'exprimer, c'est gratuit, ça demande pas beaucoup de temps libre et surtout ça fait plaisir, à l'écrivain et au lecteur... même Thomas More n'a jamais rêvé mieux.



Et pour me contacter, voyez ici: oldi.blogg@caramail.com


Et si ça vous tente, rendez-vous sur http://elunachroniques.ifrance.com, mon site sur mon "grand oeuvre" qu'est le cartoon "Les Chroniques d'Eluna", que vous devez visionner s'il vous plaït.



LE DICTON DE LA SEMAINE:




La musique adoucit les moeurs, le fil à couper le beurre.

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